Louise Michel : la bibliothèque familiale du 20e à Paris

Avec ma classe, nous avons visité début octobre 2012 la bibliothèque Louise Michel (heureusement, j’ai pris des notes !), dans le 20e arrondissement à Paris. Il s’agit de la bibliothèque qui a reçu le Grand Prix Livres Hebdo des bibliothèques en 2011, grâce à un projet très fort et une réorganisation intérieure originale. Elle a ouvert ses portes en 2011.

Un projet qui a eu le temps de mûrir

Les travaux de la bibliothèque Louise Michel ont duré 7 ans : ce projet d’une bibliothèque familiale a eu le temps de se former, à la fois dans l’esprit de l’équipe recrutée au fur et à mesure, mais aussi dans celui des élus de l’arrondissement et celui des habitants du quartier. La bibliothèque était présente sous la forme d’un comptoir de prêt pendant que le bâtiment était construit.

La prise en compte de l’environnement est très forte : des partenariats ont été noués avant même l’ouverture de la bibliothèque. Grâce à beaucoup de discussions avec l’architecte, ils ont pu imposer leurs volontés : une vitrine au niveau de la rue qui donne sur l’espace presse et un petit espace d’exposition ou de mise en valeur, un jardin aménagé… Nous avons été un peu surpris par l’aspect extérieur : ça n’est pas très attirant… Néanmoins, une fois dedans, le rouge et le gris des murs fait son effet ! Il a  été fait un gros travail sur l’acoustique : comme il s’agit d’accueillir tous les publics sur un seul plateau (et une salle de travail à l’étage), il faut pouvoir gérer le bruit sans non plus demander le silence (surtout pas, d’ailleurs). Le cloisonnement a été réduit au maximum et paraît inexistant : les étagères sont collées aux murs et au milieu de la pièce on ne trouve que des meubles bas. La première directrice a tiré son inspiration des halls d’hôtels (pour les meubles de confort, notamment les fauteuils) et des librairies (pour les tables de présentation).

Le projet est donc celui d’une bibliothèque non pas jeunesse mais familiale. L’espace enfants est d’ailleurs réduit : un grand tapis, plusieurs bacs, mais également de la place pour les plus grands, les adultes, avec des fauteuils et des banquettes dispersés dans tout l’espace. Il n’y a pas de places réservées, tout le monde bouge où il veut. C’est une bibliothèque qui a été voulue vivante, surtout pas impressionnante. Et le succès qu’elle connaît fait écho à ces préoccupations initiales : 20 000 prêts par mois, 500 personnes qui passent à la bibliothèque chaque jour et jusqu’à 800 les mercredis et samedis.

Organisation en interne

L’équipe de Louise Michel est constituée de 12 personnes : c’est relativement peu nombreux pour une bibliothèque de 500 m² qui dessert un si grand nombre de personnes. Ils auraient d’ailleurs voulu plusieurs membres en plus, pour pouvoir faire face au nombre grandissant de projets qu’ils veulent mener de front. Un an après l’ouverture, ils commençaient à se remettre un peu en question, à sentir la nécessité de prendre du recul sur leur travail pour mieux le formaliser et pouvoir avoir le temps de tout faire.

Ce qui change radicalement

Ce qui nous a le plus frappés (mais pas choqués) était la suppression de la classification Dewey dans les étagères de la bibliothèque. Les livres reçus sont recotés différemment, par thèmes, avec un code couleur qui correspond aussi au thème et à l’âge. Les documentaires adultes et jeunesse sont mélangés. Les guides touristiques et les manuels d’histoire d’un même pays également. L’écologie est à un seul et même endroit, pas à trois différents. Est-ce que ça aide les usagers à trouver des documents ? Difficile de savoir. Ca aide probablement à rendre la bibliothèque moins effrayante…

« C’est la bibliothèque des usagers, pas des bibliothécaires ». L’appropriation des lieux par les usagers est frappante. Un père était là avec son fils : le petit était pieds nus sur le tapis, tout content. Les bibliothécaires proposent aux usagers de noter leurs commentaires sur un document rendu : un petit bout de papier avec la formulation de l’usager, collé sur la couverture ou glissé dans le livre. Les bibliothécaires ne sont plus les seuls prescripteurs : « il faut se baser sur l’expérience, pas seulement sur l’expertise ».

La volonté de la bibliothèque est de s’adapter au public et pas au corset du réseau des bibliothèques parisiennes. Par exemple, ils ne font pratiquement jamais payer les amendes du règlement du réseau parisien. Les collections de CD et de DVD sont accessibles plus ou moins librement. Il n’y a pas de règles concernant les boissons et la nourriture.

Les projets

Notre guide nous a parlé des projets à venir de la bibliothèque Louise Michel.

L’équipe se pose beaucoup la question des adolescents et de leur présence à la bibliothèque : ils ne sont pas tellement là, au final, ils ont du mal à trouver leur place. On s’interroge donc sur la pertinence de créer un coin qui leur serait plus particulièrement réservé – mais il faudrait éviter de les stigmatiser et de les désigner comme séparés du reste du monde…

La formalisation d’un règlement intérieur était également l’une des préoccupations de l’équipe. Ils réglaient les problèmes au cas par cas, mais il en résultait nécessairement des différences de traitement, des incohérences… Rien de très grave, mais ils ressentaient le besoin de mettre les choses par écrit.

Remettre le jardin au goût du jour fait également partie de leurs projets. Deux associations de jardinage du quartier venaient s’en occuper, mais, comme l’équipe de la bibliothèque, elles ont été prises par d’autres choses. Il y a toujours des lectures qui y sont faites, il reste fréquenté lorsqu’il fait beau, mais pas bien entretenu. Alors que ce jardin, comme la vitrine, un « produit d’appel » pour la bibliothèque : elle paraît beaucoup plus accessible ainsi.

Continuer la visite…

  • Un profil FlickR avec des photos de la bibliothèque, mais pas sous licence Creative Commons : Milieux_documentaires.
  • Un reportage de la mairie du 20e arrondissement à l’ouverture de la bibliothèque sur Dailymotion.
  • Beaucoup, beaucoup d’autres choses à dire sur cette bibliothèque qui nous a tous fait rêver : oui, ça existe ! Mais sans photos, ça reste très froid – alors que la bibliothèque est tout le contraire ! Pour plus tard, quand j’y retournerai avec un appareil😉
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