L’Atelier Numérique de Versailles : une bibliothèque du futur ?

Fin octobre, nous avons visité l’Atelier Numérique de Versailles avec ma classe. Ouverte en avril 2012, cette bibliothèque d’un nouveau genre s’est ouverte sur le slogan : « une bibliothèque sans papier ». Le projet a été monté en quatre mois seulement, à partir d’une architecture déjà réalisée. La construction est donc progressive : ils font petit à petit, en s’adaptant aux usages et aux demandes.

Une bibliothèque sans livres

L’Atelier Numérique a en effet été conçu (en théorie) comme un espace où il n’y aurait aucun support papier. A la place, on peut y utiliser du matériel informatique (presque) en libre service :

  • 11 ordinateurs fixes (3 iMac, 8 HP).
  • 10 ordinateurs portables (5 MacBook Pro et 5 HP).
  • 10 tablettes (5 Ipad et 5 Dell). La bibliothécaire nous a précisé d’ailleurs que seuls les Ipad étaient demandés : personne n’était intéressé par les tablettes Dell.
  • 10 tablettes graphiques.
  • 10 liseuses Kobo.
  • Un Tableau Numérique Interactif.
  • Un piano numérique (c’est-à-dire un piano avec des vraies touches, mais avec un casque audio à connecter avec du Bluetooth).
  • Un vidéoprojecteur.

Le wifi est accessible dans tout l’espace de l’Atelier, et il y a de nombreuses prises pour brancher son propre matériel. On s’installe où l’on veut dans les banquettes confortables et originales. Le jardin accueille les usagers les jours où il fait beau, on peut y boire son café (il y a un distributeur à l’entrée). Même si l’espace est très ouvert, on peut trouver un petit coin pour soi et rester tranquille.

Pas de livres donc en théorie, mais des ressources documentaires tout de même : elles sont numériques et accessibles à partir du matériel. L’Atelier est abonné à des sites d’auto-formation en ligne, mais propose aussi des livres numériques, des journaux… On trouve la liste des ressources sur des présentoirs un peu partout dans l’Atelier : beaucoup d’applications de presse, des livres interactifs pour les enfants… Toutes ces ressources sont accessibles gratuitement sur place, certaines en s’étant inscrit au réseau versaillais (gratuitement aussi). Les liseuses proposent 250 ouvrages libres de droits – elles n’ont pas beaucoup de succès, les gens viennent surtout pour voir ce que ça donne et pas pour vraiment les utiliser. La plupart des ressources sont également accessibles depuis chez soi – une fois qu’on s’est créé un compte à la bibliothèque.

Cependant, l’Atelier n’est pas une bibliothèque à 100% numérique – faut pas exagérer ! On y trouve aussi des périodiques et des livres. Ils sont tous orientés (à part les quotidiens d’actualité) vers les arts (beaucoup d’architecture), les nouvelles technologies de l’information et de la communication, la création numérique… On trouve beaucoup de modes d’emploi : « Excel pour les nuls », « Photoshop débutant », etc. Des livres donc qu’il faut renouveler très régulièrement pour qu’ils restent à jour, mais comme ça reste quand même un budget raisonnable vu le nombre réduit de documents à renouveler.

Une chose qui m’a un peu déçue (mais ils y travaillent !) : il n’y a pas de prêt à domicile, ni pour le matériel, ni pour les livres, ni pour la presse… Les bibliothécaires installent les usagers sur les ordinateurs et prêtent les tablettes et liseuses : il faut une carte d’identité, on note le nom et le prénom, et pendant les heures d’affluence la durée de prêt. Les revues ne sont pas bulletinées ou anti-volées : pas besoin, puisqu’ils font confiance au public et qu’ils ne les prêtent pas. Côté positif : le matériel mobile (ordinateurs, tablettes, liseuses) n’est pas non plus équipé d’anti-vol, pour qu’il soit vraiment mobile. Et puis parce que les anti-vols c’est moche, aussi.

On y fait d’autres choses !

De manière générale, une bibliothèque n’est pas un endroit où l’on ne fait que lire, apprendre ou travailler. Y’a plein d’autres choses à faire, il ne tient qu’à l’équipe de les trouver, de les mettre en place et de motiver les usagers ! En complément des ressources d’auto-formation disponibles sur place et à distance, l’Atelier propose des ateliers. Ils viennent s’ajouter à l’accompagnement personnalisé des usagers, que beaucoup demandent quotidiennement. Les ateliers visent pour l’instant les débutants et proposent des initiations à des outils numériques : Twitter, Facebook, les blogs, l’Ipad… Il s’agit de loisir et de découverte, pas de formation – il ne faut pas concurrencer les formateurs professionnels…

L’Atelier possède un piano numérique, en libre accès : ils prêtent le casque blutooth à qui le demande. Parfois, même, le pianiste joue sans casque et il y a de la musique dans la bibliothèque. On aurait bien voulu l’essayer (il y avait des partitions sur le pupitre), mais il était éteint… C’est un lieu très musical apparemment : le clip du groupe l’An Terne y a été tourné.

L’Atelier travaille également en partenariat avec d’autres institutions culturelles de Versailles. Des associations de la ville viennent se servir des espaces lorsque l’Atelier n’est pas ouvert au public ; par exemple tous les mercredis matins ce sont des répétitions de théâtre qui se tiennent dans la bibliothèque. L’école des Beaux-Arts, située sur le trottoir d’en face, a participé à une installation éphémère pour la Nuit de la Création.

« Résistance » par Elise Patte, Caroline Leite, Barbara Lebert, Christophe Renault. Photo : © Ville de Versailles – Anaïd de Dieuleveult

Continuer la visite…

Visiter l’Atelier était une expérience très intéressante. Pouvoir s’introduire comme ça en dehors des heures d’ouverture et avoir la bibliothécaire rien que pour nous qui nous explique toute la genèse du projet, comme pour la bibliothèque Louise Michel, c’est super. Ca restait une visite de classe, et la bibliothèque était officiellement fermée : c’était un peu frustrant de ne pas pouvoir utiliser le matériel, voir ce que ça donnait en vrai (les tablettes étaient rangées, le TNI et les ordis éteints, le piano aussi…). J’ai été également surprise d’apprendre qu’ils ne proposaient pas du tout de prêt à domicile – « work in progress ».

L’Atelier a beau être une initiative extrêmement innovante, ce n’est pas pour moi une bibliothèque du futur. Les livres sont nécessaires, et pas près de tomber en désuétude pour moi. C’est génial par contre de pouvoir emprunter une tablette ou un ordinateur portable. Les ateliers de découverte et de formation vont également être très demandés. Mais je vois plutôt un espace comme celui-ci s’inscrire dans une bibliothèque plus grande et plus complète, plus orientée vers le grand public et pas seulement vers les amateurs de numérique ou les gens qui veulent s’informer et découvrir. Certes, l’Atelier s’inscrit dans le réseau des bibliothèques de Versailles ; mais il s’en détache aussi tellement par son originalité qu’il lui manque cette pluridisciplinarité qui me plaît dans les bibliothèques municipales.

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