OBA : la bibliothèque OpenBar d’Amsterdam

L’Openbare Bibliotheek d’Amsterdam a ouvert ses portes à l’été 2007. Elle n’est pas au centre de la ville, mais placée stratégiquement à deux minutes à pieds de la gare – donc moins d’une minute en vélo, seulement. Et comme, au fond, Amsterdam n’est pas la plus grande ville du monde, et que tout le monde se déplace en vélo, même en habitant beaucoup plus loin on est à la bibliothèque en moins de vingt minutes. J’ai visité la ville en juillet 2012, donc 5 ans après son ouverture. Quelques remarques, bien sûr non exhaustives, sur les choses qui m’ont marquée.

Une vraie bibliothèque 3e lieu

La première chose qui marque, quand on parle de l’OBA, c’est la présence d’un café au 7e étage de la bibliothèque. Et ça n’est pas juste un café : c’est un restaurant, avec frites, pizzas, salades, smoothies, escalopes, sandwichs, etc. On peut manger un repas complet, et plutôt bon, pour pas trop cher. L’OBA est même indiquée dans le Guide du Routard pour son restaurant. Le restaurant dispose même d’une terrasse, qui a l’air très agréable, avec sa vue sur les canaux et le centre-ville… (bien sûr, elle était fermée quand j’y étais, il pleuvait des cordes. Pour une autre fois !) Il a l’air fréquenté par des publics très différents : des familles, des étudiants (pas tellement en juillet), des couples, des personnes seules, des groupes, des tous les âges. Le personnel était très aimable, bilingue en anglais. On accède au théâtre par le restaurant : les gradins sont visibles depuis les places assises, et ça donne une architecture intérieure assez atypique.

En parlant de guide touristique, l’OBA est un lieu assez utile pour les touristes. Je l’ai déjà dit, elle est placée juste à côté de la gare, et donc de l’Office de Tourisme où l’on peut acheter la I❤ Amsterdam Card et se renseigner sur pas mal de trucs. L’entrée est libre et gratuite, on ne nous demande rien. De nombreux touristes qui attendent leur train sont là, avec leur valise, le plus souvent dans l’espace périodique qui est assez extraordinairement bien fourni : nombreux magazines, plusieurs en anglais voire d’autres langues. La consultation se fait sur des tables juste devant les étagères, sur plusieurs niveaux (ça fait un peu amphithéâtre). Ca n’est pas très confortable cependant, mais on peut tout à fait bouger jusqu’aux fauteuils de l’étage supérieur, qui eux sont parfaits pour se poser.

La bibliothèque est très bien équipée. Enfin en tout cas, elle possède de nombreux équipements différents. En plus des dizaines de postes (Mac) accessibles aux abonnés de la bibliothèque (je n’ai pas essayé, mais il faudrait apparemment un code d’accès), des postes de consultation du catalogue, on y trouve des salles de conférence (que l’on peut réserver), une salle de théâtre/de projection, des espaces de visionnage (au niveau DVDs), des « cabines » de travail… De la musique était diffusée à l’étage des CDs, et il y avait des postes d’écoute. On y trouve aussi un studio d’enregistrement pour des émissions de radio, tout à fait. La bibliothèque tout entière est un lieu d’exposition : à tous les étages, on trouvait des œuvres d’un artiste néerlandais, qui construit des paysages ou d’autres choses dans des valises. J’imagine que c’est une exposition temporaire et que les artistes tournent. On trouve aussi un… mur de chaussettes ! Une œuvre aussi, probablement – pas d’explication à côté. De plus, la bibliothèque dispose d’un espace d’exposition qui peut aussi servir de passage entre le rez-de-chaussée et le premier étage (à la place des escalators). En juillet, c’était une exposition sur le cirque, à destination des enfants. Elle était très ludique : des jeux, des espaces où se poser et jouer avec ses amis, des peluches… Elle devait être beaucoup utilisée pour des manifestations menées par des intervenants, parce qu’il y avait aussi une valise avec des déguisements.

La bibliothèque est un lieu confortable. Il n’y a pas que des espaces de travail (comme, au hasard, la BSG…), même s’ils existent (et qu’ils disposent de prises pour brancher du matériel comme un ordinateur portable) et qu’ils ont l’air plutôt pratiques. Il y a également beaucoup de petits espaces très délimités, par exemple une banquette devant la baie vitrée, ou un vieux fauteuil devant une fenêtre, des poufs pour les enfants sur un tapis, des fauteuils qui peuvent pivoter et devenir lieu pour un groupe pour au contraire nous isoler du reste des personnes présentes. Tout ça donnant envie de se poser et de lire tranquillement ou d’observer le paysage ou (dans mon cas) de faire une sieste sans que l’on ait l’impression que ça serait mal vu ou que ça n’est pas le lieu pour.

L’OBA est unanimement présentée comme la bibliothèque 3e lieu type, où l’on peut vivre et évoluer et faire plein de trucs. Ca n’est pas tout à fait faux… Cependant, est-ce que ça veut dire que l’on doit reproduire ce qu’elle a fait sans chercher à aller plus loin ? Les critiques et retours donnent à penser que l’on ne cherche plus à s’en inspirer pour continuer à innover : refaire semble suffisant. Pourtant il faut aussi adapter ce modèle à ses propres publics, et s’adapter soi-même, ne pas oublier qu’il est nécessaire de continuer à évoluer, car sinon on risque de rester en arrière. Il ne faut pas oublier non plus les collections : je n’en ai pas beaucoup parlé, parce qu’elles ne sont pas quelque chose qui change par rapport aux bibliothèques françaises, au fond. Il faut quand même dire qu’elles sont partout : des livres, des CDs, des DVDs… Les documents ne sont pas du tout mis à l’écart ou relégués contre les murs ou dans les réserves pour faire plus de place aux espaces de consultation. Il y en a partout, vraiment. Les couleurs des documents d’ailleurs permettent de contraster avec le blanc du mobilier et des murs.

Un petit WTF : la fourrure rose dans les toilettes. Oui oui, les murs des toilettes (situés en dehors de l’espace de consultation, au sous-sol et près de l’entrée – et payants) sont recouverts d’une espèce de moquette très poilue. Tout à fait.

Promouvoir l’image de marque de la bibliothèque

Au rez-de-chaussée, au niveau de la banque de prêt/bureau d’information/accueil, on trouve également une sorte de boutique. Dans une vitrine incrustée dans la banque, on trouve des produits dérivés de l’OBA : t-shirt, marque-page, stylo, mug, badge… Ils portent tous le logo I❤ OBA, que l’on retrouve aussi sur les écrans de veille des ordinateurs et un peu partout dans la bibliothèque. Elle dispose de son propre logo et du slogan qui va avec : y a-t-il des bibliothèques françaises qui ont la même chose ? De plus, les employés portent un uniforme : pas quelque chose de très voyant, mais ça permet de les repérer. Ils portent sur eux également le slogan I❤ OBA.

On retrouve ici l’application des techniques de marketing dans la bibliothèque. Ca dérange un peu : une bibliothèque n’est pas une entreprise, et l’idée de marketing va très souvent de pair avec l’idée de convaincre et de séduire avec généralement des techniques un peu « perfides »… Ca ne colle pas avec l’idée de bibliothèques retirées de cette idée de profits. C’est surtout que ça n’est pas quelque chose que l’on voit en France, probablement en partie parce que ça n’est pas possible, tout simplement : il est compliqué, aux niveaux légal, budgétaire et administratif, de mettre en place une caisse – et c’est le Trésor Public qui touche les recettes, pas la bibliothèque.

Cependant, cette idée un peu négative du marketing (même s’il faut évidemment éviter le manichéisme) est contrebalancée par la transparence de l’OBA. On retrouve cette notion en premier lieu dans l’architecture du bâtiment : de l’extérieur, on voit l’intérieur avec les grandes baies vitrées. Et du coup, de l’intérieur on voit l’extérieur : les fenêtres sont des lieux où l’on peut vraiment s’assoir, se poser (grandes banquettes, fauteuils, poufs…). En déambulant dans le bâtiment, on peut voir le reste : des balcons, des mezzanines… Se faire coucou entre deux étages, c’est rigolo ! La transparence se retrouve aussi dans le travail des bibliothécaires : les bureaux sont séparés de l’espace public seulement par des vitres, on peut voir le personnel au travail (leur faire coucou à eux aussi !), leur espace personnel… La machine de retours (à l’entrée) est aussi présentée comme dans une vitrine : on voit le cheminement des documents qui sont rendus ou que l’on sort des réserves. Cette transparence du bâtiment encourage donc à le voir comme un établissement qui est lui aussi transparent, mais idéologiquement : si on peut voir l’intérieur, c’est que c’est clean. D’où l’importance de l’architecture…

La bibliothèque jeunesse

Je tiens à parler de l’espace jeunesse de la bibliothèque à part, parce qu’il se différencie quand même assez du reste de l’OBA. Le mobilier est assez semblable : blanc, arrondi, avec des touches de rouge de temps en temps… Cependant, on dirait qu’un soin véritable a été apporté à faire de cet espace un environnement plus ludique. C’est le troisième espace qu’on voit en rentrant, après l’entrée et les périodiques : il se situe en contrebas du rez-de-chaussée, mais reste complètement ouvert, on voit tout (ou presque) de ce qu’il s’y passe. Il donne vraiment envie d’aller voir de plus près : les meubles ronds, les lampes cheloues, les couleurs des livres présentés pour beaucoup en facing…

C’est l’espace qui est le plus « brouillon » de la bibliothèque : des coussins partout, des livres parfois empilés (et on devine que c’est parce qu’ils ont été consultés sans être rangés)… Deux espaces sont définis : un est dédié aux animations (libre d’accès, mais il ne faut pas trop déranger le matériel), l’autre est là pour la consultation. Comme je l’ai dit, c’est un espace très ludique, presque une aire de jeu. Il me semble d’ailleurs avoir vu des marionnettes… Il y a plein de petits espaces à découvrir, un peu cachés. En s’asseyant à l’intérieur d’un des meubles ronds, on est presque coupé du monde. Au centre de l’espace, on trouve un meuble-tour : un escalier permet de monter jusqu’en haut, où on est, pour le coup, vraiment coupé du monde : personne ne peut nous voir. L’espace le plus agréable de l’OBA ! (à part le resto, mais c’est parce qu’ils font des smoothies assez délicieux…)

La question est maintenant : pourquoi est-ce que l’espace adulte (qui occupe quand même plusieurs étages) ne serait pas plus ludique lui aussi ? Certes, on retrouve les fauteuils, les valises-œuvres d’art, les lieux où l’on peut s’isoler… Mais c’est tellement moins fun ! Peut-être que c’est parce que je suis encore jeune, voire pas tout à fait sortie de l’enfance, mais je trouve les coussins et les tapis, le mobilier que l’on peut escalader, extrêmement agréables. Ca permet de s’approprier la bibliothèque, et puis ça évite de la voir exclusivement comme un lieu d’étude ou où ne fait qu’emprunter des documents. J’attends ! :p

Continuer la visite…

J’ai donc assez kiffé l’OBA, et la visiter est une sacrée expérience. Ca change des bibliothèques françaises ! Les moins récentes en tout cas. C’est vrai qu’on peut s’inspirer d’un tel modèle, et même beaucoup ! Il ne faut pas oublier que les publics français sont différents des néerlandais : les mêmes techniques ne vont pas nécessairement marcher aussi bien… Il faut voir d’ailleurs si ça marche, je n’ai pas de chiffres ou de retours là-dessus.

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4 commentaires pour OBA : la bibliothèque OpenBar d’Amsterdam

  1. Coucou Camille !
    Ton article est super intéressant parce qu’à la fois descriptif, réflexif (?), d’un point de vue d’étudiante en bibliothéconomie mais aussi d’utilisatrice lambda de la bibliothèque et du coup c’est très agréable à lire.
    Les photos sont chouettes, et c’est très bien écrit. Félicitations !
    Bisous,
    Adèle

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