Le manga en bibliothèque : même pas peur !

Le pôle métiers du livre de Saint-Cloud accueille l’organisme de formation Médiadix, et donc des journées de formation continue de professionnels, ainsi que des journées d’étude et des colloques sur des thématiques qui touchent aux métiers du livre. Je n’ai pas toujours l’occasion d’y assister (ou le sujet ne m’intéresse pas, tout simplement…). Ces journées d’étude sont gentiment accessibles aux élèves de l’IUT et aux élèves de master, si leur emploi du temps le permet. Ce vendredi 9 novembre, c’était sur le manga.

Historique du manga

Le premier intervenant, Jean-Christophe Boudet, a présenté un historique du genre. Il a notamment insisté sur les points suivants :

  • Le manga, au Japon, n’est pas un genre : c’est un style d’écriture, un style – et pas une représentation, comme le dessin l’est chez nous. Le dessin des bandes-dessinées est plus proche de l’écriture que de l’image, à cause de l’idéogramme. On fait écriture, pas représentation. Les images sont des mots, elles ne représentent pas quelque chose mais le disent. On note également l’influence du cinéma. Osamu Tezuka, reconnu comme le premier mangaka, connaît les premiers dessins animés Disney par coeur – notamment Bambi, où l’on retrouve les « grands yeux » des mangas. On retrouve des onomatopées pour tout : elles ne sont pas la retranscription d’un bruit, mais une ponctuation sonore. Il y a également le grapholexique très important, que l’on retrouve un peu partout et qui veut toujours dire la même chose : le saignement de nez, la petite goutte de la gêne, les veines de la colère…

  • Comme d’autres médias (les séries télé américaines par exemple), le manga est dépendant d’un support. Dans son cas, il s’agit de magazines hebdomadaires. Dès les années 1960, c’est ainsi que sont publiés les premiers mangakas, à raison d’une quarantaine de pages par semaine… Ce format implique une certaine manière de raconter (un épisode s’étire…) ainsi qu’une organisation en studios (une seule personne ne peut pas tout faire !). En 2008, 21% de la presse japonaise sont dédiés au manga.
  • Le manga a besoin de démocratie pour exister. Il apparaît après la Seconde Guerre Mondiale, avec la « libération » politique du Japon par les Etats-Unis.

Le genre fait sa percée en France dans les années 1990, entraîné surtout par… Dragon Ball. Ce qui limite le plus sa diffusion, ce sont les difficultés de traduction : pour beaucoup de mangas, on traduit la version américaine plutôt que la japonaise. Cependant, ils mettent beaucoup plus longtemps à investir les bibliothèques, à cause du fait que peu de gens considèrent qu’il s’agit vraiment de littérature, mais aussi parce que le manga fait peur : on ne sait pas trop ce qu’il raconte, mais ça a l’air violent et pas du tout à conseiller aux enfants (tiens, comme le jeu vidéo aujourd’hui !).

Le manga en bibliothèque

L’autre intervention à laquelle j’ai assisté était celle de Fabienne Vachey et Yannick Leguino, bibliothécaires bande-dessinée respectivement à Suresnes et à La Garenne-Colombes. Ils ont comparé leur mode de fonctionnement par rapport à ce fonds spécifique, avec quelques différences importantes :

  • La séparation entre les mangas jeunesse et adulte à Suresnes, alors qu’à La Garenne-Colombe ils sont tous rangés ensemble, sans distinction. Cela a amené la question : et qu’est-ce que vous faites si un enfant emprunte un manga qui a un contenu érotique/violent/autre truc chelou ? Réponse : c’est de la responsabilité des parents. On note encore une fois l’absence d’espace pour les adolescents, qui vont chercher des deux côtés (ou n’y vont pas d’ailleurs, et restent aux mangas jeunesse alors que d’autres titres leur conviendraient beaucoup mieux, mais ils sont « cachés » du côté des adultes…).
  • Le choix d’arrêter la série à une dizaine de titres ou de n’acheter que des séries terminées (pour Suresnes), ou celui de choisir moins de séries mais de les terminer (pour La Garenne-Colombe).

C’était aussi l’occasion de découvrir de très nombreux titres que je ne connaissais pas. Je ne me suis jamais encore penchée sur les BD en bibliothèque, je ne sais pas du tout comment ce fonds marche. Les deux intervenants ont par exemple noté que de nombreux mangas étaient volés, qu’un tel fonds représentait un certain investissement car il fallait régulièrement racheter des numéros.

Il est évident aujourd’hui que la question n’est pas du tout si les mangas doivent avoir leur place en bibliothèque ou non. Le débat portait plutôt sur les modalités de cette présence, encore un peu floues, encore différentes partout (ce qui n’est pas mal, au contraire). Chacun cherche un peu de son côté, et les journées d’étude comme celle-ci sont un moyen pour les bibliothécaires chargés des rayons BD et manga de partager leur expérience et leurs idées pour une meilleure gestion et une meilleure valorisation. J’espère que je pourrai en suivre une fois en poste…

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